CNILMise en demeurePubliée par la CNIL

Mise en demeure, 11 octobre 2018

Délibération n° 2018-333

En clair

Ce que décide cette délibération, en clair

Une société chargée de gérer la retraite complémentaire de nombreuses personnes a utilisé leurs données personnelles non pas pour cette mission, mais pour faire de la prospection commerciale (démarchage publicitaire). La CNIL avait déjà mis en demeure (ordre officiel de se mettre en conformité) cette société le 25 septembre 2018, lui demandant de cesser cette pratique dans un délai d'un mois. Le 11 octobre 2018, le bureau de la CNIL a décidé de rendre cette mise en demeure publique, car le manquement est jugé grave et touche un nombre très important de personnes. Cette publicité n'est pas une sanction : si la société se conforme dans le délai, l'affaire s'arrête là ; sinon, une procédure de sanction pourra être engagée.

À retenir

  • Une société gérant la retraite complémentaire a utilisé les données de ses bénéficiaires à des fins de prospection commerciale, alors qu'elles devaient seulement servir au paiement des retraites.
  • La CNIL lui a ordonné de cesser cette pratique sous un délai d'un mois (mise en demeure du 25 septembre 2018).
  • Le bureau de la CNIL a choisi de rendre cette mise en demeure publique pour informer les personnes concernées qu'elles pouvaient être démarchées commercialement, et pour avertir les autres professionnels du secteur.
  • Ce n'est pas encore une sanction financière : si la société corrige la situation à temps, l'affaire est classée ; sinon, elle s'expose à une sanction ultérieure.

Résumé rédigé par Loilà à partir de la décision ci-dessous, qui seule fait foi.

Texte intégral

Le bureau de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, réuni le 11 octobre 2018 sous la présidence de Mme Isabelle FALQUE-PIERROTIN ;

Siégeait, outre la Présidente de la Commission, Madame Marie-France MAZARS, Vice-présidente déléguée ;

Vu la convention n° 108 du Conseil de l’Europe du 28 janvier 1981 pour la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé des données à caractère personnel ;

Vu la directive 95/46/CE du Parlement européen et du Conseil du 24 octobre 1995 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, abrogée par le règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données ;

Vu la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, notamment ses articles 45 et 46 ;

Vu le décret n° 2005-1309 du 20 octobre 2005 modifié pris pour l’application de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés ;

Vu la délibération n° 2013-175 du 4 juillet 2013 fixant le règlement intérieur de la Commission nationale de l’informatique et des libertés ;

Vu la décision n° MED 2018-034 du 25 septembre 2018 de la Présidente de la Commission mettant en demeure la société X.

A adopté la délibération suivante :

Par décision du 25 septembre 2018, la Présidente de la Commission a, sur le fondement de l’article 45 de la loi du 6 janvier 1978 modifiée, décidé de mettre en demeure la société X, sise[…], de faire cesser sous un délai d’un mois à compter de la notification de ladite décision, le manquement constaté à cette même loi, relatif à l’utilisation, à des fins commerciales, de données personnelles issues de traitements initialement destinés au paiement de la retraite complémentaire.

En application du dernier alinéa du II de l’article 45 de la loi du 6 janvier 1978 modifiée, la Présidente de la CNIL a régulièrement convoqué le bureau de la Commission aux fins de statuer sur sa demande de rendre publique sa décision.

Le bureau a été réuni à cette fin le 11 octobre 2018.

Après en avoir délibéré, le bureau considère que la publicité de la décision de mise en demeure se justifie par la nature du manquement constaté à savoir le traitement de données à caractère personnel incompatible avec la finalité initiale. En effet, le bureau relève, alors que la société détient les données des bénéficiaires afin de mener uniquement sa mission d’intérêt général de gestion de la retraite complémentaire, que celle-ci utilise également ces données à des fins de prospection commerciale, ce qui constitue un manquement particulièrement grave.

Le nombre très important de personnes concernées renforce la nécessité de mettre un terme à la pratique visée par la mise en demeure.

Le bureau considère aussi que la publicité de la mise en demeure a vocation à informer les personnes concernées qui sont susceptibles d’être démarchées dans une perspective commerciale.

Enfin, d’une manière générale, le bureau souhaite prévenir les professionnels du secteur contre cette mauvaise pratique qui a déjà fait l’objet de plusieurs rappels par les fédérations AGIRC et ARRCO en charge du contrôle des institutions de retraite complémentaire.

En conséquence, le bureau de la Commission nationale de l’informatique et des libertés décide de rendre publique la décision n o 2018-034 de la Présidente de la CNIL mettant en demeure la société X.

Le bureau rappelle que cette mise en demeure ne revêt pas le caractère d’une sanction. À ce titre, aucune suite ne sera donnée à la procédure si l’organisme concerné se conforme en tout point aux exigences de la mise en demeure dans le délai imparti. Si tel est le cas, celle-ci fera l’objet d’une clôture qui sera également rendue publique.

La Présidente

Isabelle FALQUE-PIERROTIN

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