Travaux supplémentaires sans accord écrit du client : peut-on les facturer ?
En bref
Non : si le contrat est un marché à forfait, l'entreprise ne peut pas facturer de travaux supplémentaires sans un accord écrit du client sur les changements et le prix (art. 1793). Hors marché à forfait, tout dépend du contrat signé et, à défaut, de la jurisprudence.
Dernière mise à jour : · Sources : Légifrance (art. 1793)
Le principe : pas de forfait, pas de rallonge sans écrit
Si l'entreprise a signé un marché à forfait (un prix global fixé à l'avance, sur un plan arrêté avec le client) :
- Elle ne peut pas demander un supplément de prix, même si les matériaux ou la main-d'œuvre ont coûté plus cher que prévu.
- Elle ne peut pas non plus facturer des travaux en plus ou des modifications du plan initial, sauf si ces changements ont été autorisés par écrit par le client, avec le prix correspondant (art. 1793).
En clair : dans un marché à forfait, un accord oral ou un simple mail non signé ne suffit pas pour facturer un supplément. Il faut un écrit qui acte à la fois le changement et le prix.
Ce que cela veut dire concrètement pour l'entreprise
- Avant de commencer des travaux supplémentaires, il faut faire signer au client un avenant ou un devis complémentaire précisant :
- la nature des travaux ajoutés,
- le prix supplémentaire.
- Sans cet écrit, l'entreprise prend le risque de ne pas pouvoir réclamer le paiement de ces travaux, même s'ils ont bien été réalisés.
Attention : ce que les articles fournis ne précisent pas
- L'article 1793 concerne spécifiquement la construction à forfait d'un bâtiment sur plan arrêté. Si le contrat de l'entreprise n'est pas un marché à forfait (par exemple un contrat au métré, en régie, ou sans plan arrêté), la règle est différente et dépend du contrat signé avec le client.
- Si le client a laissé faire les travaux supplémentaires sans rien signer, mais qu'il les a ensuite acceptés ou payés en partie, la situation peut relever de l'appréciation des juges (jurisprudence), non couverte ici.
- Le contenu exact du contrat (CCTP, conditions générales, mentions sur le devis initial) peut aussi changer l'analyse.
Conseil pratique
- Systématiser la signature d'un avenant ou devis complémentaire avant d'exécuter tout travail non prévu au devis initial.
- En cas de désaccord ou de litige déjà en cours sur des travaux déjà réalisés sans écrit, il est recommandé de consulter un avocat ou de se rapprocher d'une organisation professionnelle du BTP pour évaluer les chances de recouvrement.
Sources
Articles de loi cités
Code civil
Article 1793
Lorsqu'un architecte ou un entrepreneur s'est chargé de la construction à forfait d'un bâtiment, d'après un plan arrêté et convenu avec le propriétaire du sol, il ne peut demander aucune augmentation de prix, ni sous le prétexte de l'augmentation de la main-d'oeuvre ou des matériaux, ni sous celui de changements ou d'augmentations faits sur ce plan, si ces changements ou augmentations n'ont pas été autorisés par écrit, et le prix convenu avec le propriétaire.
→Continuer
À lire aussi
- Se faire payer ses travauxLe client peut-il retenir 5 % du montant des travaux ?Oui, le maître d'ouvrage (votre client) peut retenir jusqu'à 5 % du montant des acomptes, à titre de garantie sur l'exécution des travaux. Mais cette retenue est encadrée : elle doit être consignée, et vous pouvez l'éviter en fournissant une caution bancaire.Lire la réponse
- Se faire payer ses travauxQuand la retenue de garantie doit-elle être rendue à l'entreprise ?La retenue de garantie doit être restituée à l'entreprise un an après la réception des travaux, sauf si le maître d'ouvrage a notifié une opposition motivée avant la fin de ce délai.Lire la réponse
- Se faire payer ses travauxPeut-on remplacer la retenue de garantie par une caution bancaire ?Oui. Dans les marchés de travaux privés, l'entreprise peut remplacer la retenue de garantie par une caution bancaire personnelle et solidaire, à condition qu'elle vienne d'un établissement financier autorisé (art. 1).Lire la réponse
Poser une autre question
Information générale, pas un conseil juridique.