Un artisan abandonne le chantier : que faire ?
En bref
Si l'artisan abandonne le chantier, vous pouvez le mettre en demeure, puis résoudre le contrat (par notification ou en justice) et demander réparation de votre préjudice. Plusieurs options sont possibles et peuvent se cumuler.
Dernière mise à jour : · Sources : Légifrance (art. 1217, art. 1224, art. 1225, art. 1226, art. 1227, art. 1228, art. 1230, art. 1231, art. 1231-6)
La situation : l'artisan a abandonné le chantier
L'abandon de chantier est une inexécution du contrat. La loi vous donne plusieurs options, qui peuvent se cumuler entre elles (art. 1217) :
- Suspendre le paiement des sommes restant dues ;
- Demander l'exécution forcée (obliger l'artisan à terminer les travaux) ;
- Demander une réduction du prix ;
- Mettre fin au contrat (résolution) ;
- Demander réparation de votre préjudice (dommages et intérêts).
Étape 1 : la mise en demeure
Avant toute chose, il faut en principe mettre en demeure l'artisan de reprendre le chantier, sauf urgence (art. 1226). Cette mise en demeure doit :
- Lui laisser un délai raisonnable pour s'exécuter ;
- Mentionner clairement que si la mise en demeure n'est pas suivie d'effet, vous pourrez résoudre le contrat (art. 1226).
Si votre contrat contient une clause résolutoire (une clause qui prévoit la fin automatique du contrat en cas de manquement), la mise en demeure doit aussi mentionner cette clause pour être valable (art. 1225).
Étape 2 : mettre fin au contrat (la résolution)
Si l'artisan ne reprend pas le chantier malgré la mise en demeure, vous avez plusieurs façons de résoudre le contrat :
- Par notification : vous pouvez notifier vous-même la résolution à l'artisan, à vos risques et périls. Vous devez indiquer les raisons de cette décision (art. 1226). Attention : l'artisan peut contester cette résolution devant un juge. Dans ce cas, c'est à vous de prouver que l'inexécution était suffisamment grave (art. 1226).
- Par une clause résolutoire, si votre contrat en prévoit une (art. 1224, art. 1225).
- En passant par un juge : vous pouvez, dans tous les cas, demander la résolution du contrat en justice (art. 1227). Le juge a alors plusieurs possibilités : il peut prononcer la résolution, ordonner la poursuite des travaux (avec éventuellement un délai supplémentaire pour l'artisan), ou seulement vous accorder des dommages et intérêts (art. 1228).
Bon à savoir : même après la résolution du contrat, certaines clauses continuent à s'appliquer, comme celles qui organisent le règlement des litiges (art. 1230).
Étape 3 : demander réparation
Vous pouvez demander des dommages et intérêts pour le préjudice subi à cause de l'abandon de chantier. En principe, cela suppose une mise en demeure préalable, sauf si l'inexécution est définitive (art. 1231).
Si l'artisan vous doit de l'argent (par exemple un trop-perçu, ou une pénalité) et tarde à vous le rembourser, des intérêts au taux légal courent à partir de la mise en demeure, sans que vous ayez à prouver un préjudice particulier (art. 1231-6).
Nos conseils pratiques
- Formalisez toujours votre mise en demeure par écrit (lettre recommandée avec accusé de réception), en fixant un délai raisonnable.
- Conservez toutes les preuves de l'abandon (photos du chantier, échanges de mails ou SMS, témoignages).
- Si l'artisan conteste ou si le montant du litige est important, il est conseillé de consulter un avocat pour être accompagné dans la procédure.
- L'ADIL (Agence départementale d'information sur le logement) peut aussi vous orienter gratuitement sur vos démarches.
⚠️ Cette réponse ne couvre pas les règles spécifiques qui pourraient exister dans votre contrat (garantie décennale, assurance dommages-ouvrage, etc.) : pensez à relire votre devis et contrat signé, et à vérifier les garanties légales applicables aux travaux de construction.
Sources
Articles de loi cités
Code civil
Article 1217
La partie envers laquelle l'engagement n'a pas été exécuté, ou l'a été imparfaitement, peut : - refuser d'exécuter ou suspendre l'exécution de sa propre obligation ; - poursuivre l'exécution forcée en nature de l'obligation ; - obtenir une réduction du prix ; - provoquer la résolution du contrat ; - demander réparation des conséquences de l'inexécution. Les sanctions qui ne sont pas incompatibles peuvent être cumulées ; des dommages et intérêts peuvent toujours s'y ajouter.
Code civil
Article 1224
La résolution résulte soit de l'application d'une clause résolutoire soit, en cas d'inexécution suffisamment grave, d'une notification du créancier au débiteur ou d'une décision de justice.
Code civil
Article 1225
La clause résolutoire précise les engagements dont l'inexécution entraînera la résolution du contrat. La résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s'il n'a pas été convenu que celle-ci résulterait du seul fait de l'inexécution. La mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire.
Code civil
Article 1226
Le créancier peut, à ses risques et périls, résoudre le contrat par voie de notification. Sauf urgence, il doit préalablement mettre en demeure le débiteur défaillant de satisfaire à son engagement dans un délai raisonnable. La mise en demeure mentionne expressément qu'à défaut pour le débiteur de satisfaire à son obligation, le créancier sera en droit de résoudre le contrat. Lorsque l'inexécution persiste, le créancier notifie au débiteur la résolution du contrat et les raisons qui la motivent. Le débiteur peut à tout moment saisir le juge pour contester la résolution. Le créancier doit alors prouver la gravité de l'inexécution.
Code civil
Article 1228
Le juge peut, selon les circonstances, constater ou prononcer la résolution ou ordonner l'exécution du contrat, en accordant éventuellement un délai au débiteur, ou allouer seulement des dommages et intérêts.
Code civil
Article 1230
La résolution n'affecte ni les clauses relatives au règlement des différends, ni celles destinées à produire effet même en cas de résolution, telles les clauses de confidentialité et de non-concurrence.
Code civil
Article 1231
A moins que l'inexécution soit définitive, les dommages et intérêts ne sont dus que si le débiteur a préalablement été mis en demeure de s'exécuter dans un délai raisonnable.
Code civil
Article 1231-6
Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l'intérêt moratoire.
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